samedi 29 octobre 2011

Les heures souterraines

Les heures souterraines
de Delphine De Vigan
Éditions JC Lattès

Mathilde a la quarantaine, elle est veuve et élève seule ses trois garçons. Elle est adjointe du Directeur du Marketing dans une grosse entreprise, un travail qu’elle aime et pour lequel elle s’investit. Mais, après avoir osé défier son supérieur, il va la prendre en grippe et commence alors une descente aux enfers pour Mathilde. Elle va subir des brimades quotidiennes, des humiliations, se faire évincer du service et se retrouver "placarder" dans un réduit obscur qui va lui tenir lieu de bureau. Pourtant, chaque jour, elle se rend au travail et ne veut rien lâcher.
Parallèlement, Thibault travaille pour les urgences médicales de Paris. Toute la journée, il est confronté aux petites misères, à la solitude et aux angoisses de ses patients. Une fatigue physique et mentale l'enserre doucement.

Delphine De Vigan nous immerge dans la vie de ses personnages en rendant leur univers très réaliste et palpable : l'empathie pour les personnages est immédiate.
L’auteur nous conduit à vivre et à ressentir cette violence silencieuse, cette agression transparente, qui ne laisse aucune marque visible mais détruit à petit feu ses victimes.

À partir de ces deux destins parallèles, Delphine De Vigan dresse un tableau saisissant de notre époque, avec ses angoisses, ses incohérences, ses injustices.
Elle aborde la souffrance au travail, thème encore peu visité en littérature et pourtant bien inscrit dans notre société. Avec une grande justesse, elle décrit les rouages d'un monde empoisonné par la solitude.

Delphine De Vigan nous livre un roman de société tranchant, parfaitement maîtrisé.

samedi 22 octobre 2011

Brooklyn Follies

Brooklyn Follies de Paul Auster
Éditions Actes Sud

Nathan Glass est un sexagénaire fraîchement retraité, divorcé, fâché avec sa fille et en rémission d'un cancer du poumon. Il s'installe à Brooklyn, quartier de son enfance, dans l'intention de finir sa vie paisiblement. Pour combler son ennui, il entreprend l'écriture du "Livre de la folie humaine", recueil de petites histoires et anecdotes qui ont ponctué son existence. Mais sa routine sera vite brisée lorsqu’il retrouve par hasard son neveu perdu de vue, Tom, un brillant esprit littéraire échoué à New York dans une librairie.

Dès lors, les destins des deux hommes se retrouvent liés, à travers leurs rencontres, leurs connexions, leurs souvenirs communs. Ces deux solitaires vont de plus se créer un réseau d'amis et de connaissances qui vont influer sur leurs vies et leur histoire. Tel qu’Harry, un homosexuel ancien prisonnier propriétaire de la librairie ou Aurora, la sœur de Tom, mariée à fanatique religieux, Lucie, sa fille qui s’enfuit de chez elle pour retrouver son oncle et Nancy la jolie voisine de Nathan trompée par son mari.
Sous l'impulsion de Nathan Glass et de son optimisme, tous ces personnages vont peu à peu s'aimer, s'aider, vivre, dans ce Brooklyn multicolore et déjanté.

Finalement, l'histoire importe moins que l'humanité qui se dégage de ce texte à la forme mouvante et dynamique. L'intérêt du récit tient, avant tout, dans le patchwork de personnages fascinants et intrigants que Paul Auster se plait à nous décrire.

Brooklyn Follies est un livre plein d'humour. Le style sobre, fluide et spontané de Paul Auster fait de lui un excellent conteur de vies.

vendredi 14 octobre 2011

Tours et détours de la vilaine fille

Tours et détours de la vilaine fille
de Mario Vargas Llosa
Éditions Gallimard

Dans le Lima des années 50, Ricardo est ce qu’on appelle un « bon garçon », fidèle et honnête. À 15 il tombe amoureux  de Lily, mystérieuse et espiègle qui rêve de liberté. Il la surnommera « la vilaine fille »
Il la perdra de vue, mais ne l'oubliera jamais. Le hasard les pousse à nouveau l'un vers l'autre quelques années plus tard, à Paris où elle sera de passage avant de partir comme  guérillera  à Cuba ; puis à Londres où elle a épousé un riche aristocrate. Le temps passe, les lieux changent, mais l’amour de Ricardo reste intact, tout comme la cruauté de la « vilaine fille ».
De nouveau Ricardo tente sa chance et la poursuit de ses assiduités. Mais cette vie qu'il lui propose est trop ennuyeuse pour elle, trop médiocre. Jamais elle ne pourra aimer quelqu'un comme lui! Elle sera sa maîtresse mais jamais sa femme. Toute leur vie ces deux-là ne cesseront de se perdre et se retrouver d'un continent à l'autre.

À travers cette rencontre et les multiples pérégrinations sentimentales et géographiques, Mario Vargas Llosa nous emmène dans l’atmosphère de ces années après la guerre.
Leur histoire, ancrée successivement dans l’existentialisme parisien des années 60, le swinging London des années 70 ou encore les débauches et raffinements japonais des années 80, interpelle eu égard à son anticonformisme, agace à cause de son inconstance  et bouleverse de par sa profondeur.
Une telle richesse sans jamais se perdre dans les détails ni ennuyer le lecteur et sans jamais tomber dans le romantisme exacerbé.

Le récit est prenant et bien construit, et l’écriture parfaitement maîtrisée. On se laisse emporter sans même s’en rendre compte.

Cette histoire d’amour épique et déséquilibrée est un bijou littéraire.

mercredi 28 septembre 2011

L'effet kiss pas cool

L’effet kiss pas cool de Leslie Plée
Édition Jean-Claude Gawsewitch

Leslie Plée avait déjà fait parler d'elle avec sa première BD Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses (ou comment j'ai cru devenir libraire) ou elle nous décrivait sur un ton très ironique son expérience de conseillère de vente en livres dans une grande surface spécialisée (type FNAC). 

Dans ce "journal d'une angoissée de la vie", Leslie Plée nous déroule la longue liste des peurs et névroses qui l'ont hantée depuis son enfance, et qui, pour certaines, la poursuivent encore aujourd'hui. Avec beaucoup d'humour, elle nous relate ses rencontres avec des psys incompétents, avec d'autres personnes souffrant des mêmes symptômes, sans parler des actes totalement loufoques qu'elle s'oblige à faire à cause des ses peurs incontrôlables...
Elle se moque d'elle-même pour dédramatiser la situation et nous renvoie à nos propres angoisses improbables (peur des pigeons, peur de prendre le métro...) et quelquefois ridicules.

J’ai beaucoup aimé l’honnêteté dont fait preuve Leslie Plée face à ses névroses. J’ai adoré les couleurs douces employées et les dessins un peu naïfs. Mais c’est surtout son sens de l’humour et de l’autodérision à toute épreuve qui m’a totalement conquise. C'est drôle et décalé, une bouffée d’air frais dans le monde des dessinatrices-bloggeuses.

Je ne sais pas si vous le savez, mais Leslie Plée a un blog. Elle ne poste pas très souvent, par contre, ses notes sont toujours très réussies et désopilantes!
http://vuedelaprovince.canalblog.com

dimanche 25 septembre 2011

Les souvenirs

Les souvenirs de David Foenkinos
Éditions Gallimard

Quand s'ouvre le récit, on fait la rencontre du narrateur, ce personnage dont on ne connaîtra finalement ni le nom, ni l’âge. C’est le jour de l’enterrement de son grand-père, et s’en suivra un récit de plusieurs mois qui nous embarque dans ces moments de la vie qui nous bouleversent. Sa grand-mère sera mise contre son gré dans une maison de retraite, ses parents supportant mal leur nouveau statut de retraités sombrent dans la dépression. L’auteur va nous faire partager les moments de la vie de ce jeune homme qui vont l’amener à prendre conscience de l’importance des souvenirs et de la transmission.

J’ai été vraiment ému par ce livre, et certains passages ont eu un écho particulier; on est pris au coeur, ce n'est pas notre histoire et pourtant on referme le livre avec un sentiment de familiarité étrange vis-à-vis de ces moments de vie.
Et puis il y a tous ces souvenirs qui abondent dans ce livre. En effet, le récit est entrecoupé de brefs chapitres, évocations drôles ou touchantes, des souvenirs de Fitzgerald, Gainsbourg, Gaudi, Kawabata... en relation avec la mémoire et l'oubli.

David Foenkinos nous avait laissé sous le charme joyeux de La délicatesse. Le ton de ce nouveau roman est d'abord plus grave, l'évocation de la vieillesse et de la perte de l’autonomie est juste et sombre. Mais, l'humour et le sens de la dérision reprennent vite le dessus. Tout y décrit avec douceur, sans que l'on ne sombre dans un sentimentalisme exagéré. 
Ce qui est sûr c’est qu’avec Foenkinos, on sait ce qui nous attend : situations tragi-comiques et un phrasé absolument génial qui n’a pas d’équivalent pour décrire les situations absurdes du quotidien. Fidèle à son habitude, il n’hésite pas à glisser quelques tirades sur les pavillons de banlieues, la poésie des aires d’autoroute ou l’influence des Twix sur la vie amoureuse des gens : un régal !