mercredi 10 août 2011

La douce empoisonneuse

La douce empoisonneuse
de Arto Paasilinna
Éditions Gallimard

Linnea Ravaska, veuve d'un colonel, coule sa vieillesse dans un petit village. Tout paraît idyllique : une maisonnette rouge, un jardin fleuri et un vieux matou. Oui mais voilà, une fois par mois le charme bucolique est rompu. Chaque mois, c'est pareil, son neveu, accompagné de deux amis, vient lui rendre visite dans le seul but de lui prendre sa pension. Et ce jour là, sa vie devient un enfer. Linnea n'a pas la force de résister. Mais quand le trio lui fait signer un testament en faveur de son neveu, Linnea décide d’en finir. Comprenez : elle préfère se suicider. Mais l’art d’en finir n’est pas une chose aisée ! Linnea se retrouve dans des situations rocambolesques et loufoques.

Ce livre est thriller burlesque, plein d’humour noir et décapant. Certains passages m'ont vraiment fait rire. Entre les bons sentiments qu'elle ne peut réfréner et l’envie de se défendre, la vieille dame est drôle et attachante !

Arto Paasilinna possède une formidable capacité pour peindre des êtres humains parfaitement méprisables sans les mépriser lui-même, nous faisant visiter leurs pensées avec une précision et une justesse de ton remarquables, rendant logiques les raisonnements les plus abjects et laissant le lecteur seul juge.

Outre son talent à créer des personnages, ce dernier se caractérise par un humour noir et un sens de la mise en scène jubilatoire, jusqu'à une fin amorale et inattendue.
Si La douce empoisonneuse n'est pas sans faire réfléchir et dire beaucoup de choses, c'est avant tout un pur plaisir de lecture.

samedi 6 août 2011

La marche du crabe

La marche du crabe d’Arthur de Pins
Éditions Soleil

La marche du crabe est avant tout un court-métrage d'animation récompensé par de nombreux prix, dont le prix du public du festival d'Annecy. Arthur de Pins a ensuite décidé d'adapter son œuvre en long métrage et d'en faire une bande dessinée en trois tomes, dont ce titre constitue le premier volet.

Cette histoire débute sur le postulat suivant: il existe, dans l'estuaire de la Gironde, une variété de crabe répondant au nom de "Cancer Simplicimus Vulgaris" ou plus vulgairement "crabe carré". La grande particularité de cette espèce est son incapacité à tourner, l'obligeant à mener une existence unidirectionnelle le long d'un axe immuable déterminé dès la naissance. On suivra ici trois petits crabes qui veulent changer les choses, et révolutionner leur quotidien. Le temps de la rébellion du crabe carré est enfin arrivé.

Sur cette base on ne peut plus simple, l'auteur brode une histoire passionnante et riche de rebondissements inattendus. Les péripéties de ces crustacés qui cherchent à échapper à une destinée toute tracée sont racontées avec beaucoup de décalage et un humour caustique qui fait mouche.

Drôle et intelligent, la Marche du Crabe est absolument délicieux. Arthur de Pins livre ici une fable sur l’amitié, la volonté, et l’imagination et semble vouloir dénoncer, sous forme de métaphore, nos existences routinières et monotone. Cette prise de conscience de la part des crabes se transforme alors très vite en invitation à réfléchir à notre condition humaine et à changer de direction avant qu'il ne soit trop tard.

Par rapport au film d'animation, Arthur de Pins propose ici un graphisme en couleurs. Si le trait va toujours à l'essentiel, la colorisation ajoute un certain charme à l'ensemble.

Ce premier tome s'avère être une bien belle réussite et c'est donc avec grande impatience que j'attends les deux tomes suivants :  L'empire des crabes et  La révolution des crabes.

lundi 25 juillet 2011

Blonde

Blonde de Joyce Carol Oates
LGF

Elle a suscité l'adoration de millions de gens et sa vie a fasciné des générations de fans et d'acteurs. Disséquée depuis plus de trente ans, l'histoire de Norma Jeane Baker, plus connue sous le nom de Marilyn Monroe, n'a pourtant jamais été appréhendée aussi intimement que dans Blonde un récit à couper littéralement le souffle.

Car Blonde n'est pas une biographie de Marilyn. C’est d'abord un portrait : celui d'une jeune fille, d'une jeune femme timide et mal dans sa peau, dont l'immense beauté est une malédiction.
Une femme en perpétuelle recherche d'amour, faite de contradictions, de souffrances, beaucoup plus cultivée et intelligente que l'image glamour et radieuse qu'elle laissait paraître. Une femme en lutte perpétuelle contre ses démons et ce "vide" qui la rongeait de l'intérieur...

J'ai adoré ce livre qui nous fait pénétrer derrière l'image de l'actrice pour trouver Norma Jean. Cette jeune fille pure jusqu'à l'extrême entame avec la célébrité une descente aux enfers, d'abord lente puis de plus en plus rapide, au fur et à mesure que Norma Jeane s'efface devant l'Actrice Blonde, que d'autres appellent Marilyn.

Joyce Carol Oates a su mettre en valeur le caractère de Marilyn, grâce à elle nous sommes dans la tête, et presque dans le corps de Marilyn, on sent sa détresse, sa fragilité, sa volonté de se débarrasser de son personnage objet de tous les désirs masculins. Tout en faisant de la matière de la vie de Marilyn une matière romanesque, l'auteur nous décrit une autre époque et un monde impitoyable, celui d'Hollywood. Le style de Joyce Carol Oates est sublime, bien que parfois oppressant et nerveux.

Un très beau roman difficile à appréhender (1100 pages), mais on en vient à bout et je reste très marquée par cette vie de souffrances.

mardi 19 juillet 2011

Providence

Providence de Valérie Tong Cuong
Éditions Stock

Ce livre est l'histoire croisée de plusieurs personnes, qui vont être par le hasard de la vie, mises en relation et voir leur vie bousculée tout autant que basculée face aux petits événements que la "Providence" jette sur leur passage.
Un passager du métro, une explosion criminelle, un macaron à la violette et un chien indocile, vont faire converger les trajectoires de ces vies jusque-là parallèles.

Marylou, mère célibataire, qui craint d'être renvoyée de son travail ; Albert, un homme de soixante-dix-huit ans, qui vient d'apprendre qu'il a un cancer ; Tom, qui est sur le point de demander en mariage la capricieuse Libby ; Prudence, associée dans un grand cabinet de conseil mais victime de sa couleur de peau, qui l’empêche de finir son ascension.
Autant de personnalités que l'on suit avec plaisir, ils reviennent sur leur vie, leurs difficultés, sans jamais être mièvre ou larmoyant.

L'auteur nous invite à jeter un regard optimiste sur les aléas du quotidien.
L'écriture est fluide, facile à lire et on s'attache aux personnages. La construction des chapitres est faite de telle sorte qu'on a la narration de chacun des personnages, à tour de rôle.

J'ai beaucoup apprécié ce livre dont la trame est très bien faite ! On se sent porté par l'histoire et le réalisme des différents protagonistes.
Un livre léger et grave à la fois qui parle d'humanité avec beaucoup de tendresse et d'humour.

mercredi 6 juillet 2011

The Unwritten

The Unwritten
de Mike Carey et Peter Gross
Éditions Panini comics

The Unwritten est une petite pépite de la bande dessinée américaine. Alors que le premier tome vient de sortir en France, il bénéficie déjà d'une forte renommée aux États-Unis.

Un comics original qui nous narre les aventures de Tom Taylor, fils d'un écrivain dont la série fantastique autour d'un jeune magicien, est un véritable buzz planétaire. Tommy Taylor en est le personnage principal et serait supposé avoir été inspiré par Tom Taylor, le fils de l'auteur, c'est pourquoi les fans du livre lui vouent un véritable culte.
Vivant au centre d’un cirque médiatique et gérant l’héritage culturel de son père depuis la mystérieuse disparition de ce dernier, il enchaîne les festivals, les séances de dédicaces et les émissions de télé. Lorsque son identité est subitement mise en doute lors d’une conférence de presse, Tom Taylor va mener son enquête et découvrir des éléments qui laisseraient à penser qu'il ne serait pas le véritable fils de l'auteur.
 
Durant les premières pages, l’histoire de The Unwritten semble être un amusement un peu facile sur le phénomène Harry Potter. Mais bien vite, on se rend compte que le propos de l’auteur est plus ambitieux : c’est toute la littérature qui va servir de paysage à cette quête identitaire.
L’auteur nous plonge dans un univers où la frontière entre le réel et l’imaginaire s’estompe au fil des pages, il propose un puzzle scénaristique prenant qui s’attaque au pouvoir de la littérature sur la réalité.

J'aime beaucoup que chaque chapitre débute par les aventures de Tommy Taylor, avant de revenir sur la véritable vie de Tom Taylor. Ca me donne envie d'en savoir plus sur les aventures de l'apprenti sorcier.

Basée sur une excellente idée de départ, The Unwritten s’annonce comme la nouvelle saga très prometteuse. À suivre…